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De Garçon d’honneur, brillant premier opus paru en 2005, aux Chansons d’amour, récompensé en 2008 par le César de la meilleure musique, Alex Beaupain s’est imposé comme l’une des personnalités les plus talentueuses de la nouvelle scène française. Ses mélodies et ses textes ciselés composent un univers poétique singulier et racontent les rêves, les amours et les désenchantements de toute une génération. Salué par la critique, son deuxième album solo, 33 tours, est récompensé en 2009 par le prix international du disque de l’Académie Charles-Cros et la tournée de Pourquoi battait mon cœur (2011) fait salle comble au Bataclan et à la Cigale.

On le sait amateur de musique pop, de Daho, Murat et Souchon comme de Trenet et Barbara. Dandy nostalgique, Alex Beaupain évoque, le long de ce nouvel album à la mélancolie assumée, ses influences et ses premiers amours musicaux. Avec fragilité et pudeur, il lie l’intime à l’universel ; ses textes, soulignés ici par les sons éthérés des synthétiseurs, là par la puissance des cordes ramènent chacun à ses propres souvenirs, à sa propre histoire.

Exorcisé, le deuil de l’être aimé. Après-moi le déluge est placé sous le sceau des amours : ceux que l’on quitte, ceux auxquels on s’attache, quoi qu’il nous en coûte. Ceux que l’on désire envers et contre tout. Amours masochistes, célébrés avec Je peux aimer pour deux, comme un contrepied à Ne me quitte pas. Amours en toc, au rythme enlevé de Pacotille, amours charnels et anonymes avec Baiser tout le temps, seul titre dont Beaupain ne signe pas le texte, délaissant la plume à l’ami Christophe Honoré. 

Enfant des années 70, Alex Beaupain a vu vaciller les rêves et les idéaux de mai 68, connu les désillusions d’une génération qui, aujourd’hui encore, se débat avec son héritage : « On nous disait perdants, sans idéaux, crachant sur nos aînés glorieux. Nous voici sur leurs traces. » Il chante l’urgence de vivre cette vie qui passe en un souffle (Vite) et signe avec Je suis un souvenir un morceau élégiaque de six minutes traversé par une émotion rare et des images flamboyantes : « Je suis les gens qui dansent aux vingt ans d’un ami » / « Je suis tous ceux que j’aime, longtemps et plus du tout » / « Je suis combien de croix, je suis combien de tombes avant que je ne ploie ? »

Après moi le déluge s’inscrit dans la grande tradition d’une musique française populaire mais exigeante. Et c'est un des tenants de cette tradition, Julien Clerc, qui après avoir chanté ses mots dans son dernier album (La nuit c'est tous les jours), lui offre l'entraînante mélodie de Coule. La Grande Sophie, auréolée du succès d'un des disques pop les plus convaincants de 2012, met en musique Contre le vent, et Nicolas Subréchicot, comparse de scène, signe quatre compositions dont le très épique Grands soirs et la chanson-titre Après moi le déluge, danse ironique et désespérée sur les sentiments contradictoires de la rupture amoureuse : "Je sais c'est moi qui t'ai, quitté mais toi qui t'es, pour penser qu'après toi, l'herbe repoussera, Ni Noé, ni refuge, après moi, le déluge".

Fort de ses expériences, Beaupain s'assume sur ce disque : il co-réalise pour la première fois un de ses albums (avec Nicolas Fiszman) et la scène semble avoir libéré son chant. Un chant au service de textes et de mélodies d’une qualité rare. Entre sa belle tristesse, sa vague nonchalance et son regard malicieux, il compose un univers sensible, à nul autre pareil.
En équilibre parfait, Après-moi le déluge confirme qu’Alex Beaupain est de ceux qui comptent. Pour longtemps.



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